Histoires de résilience

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Charly

Charly a vécu une enfance heureuse dont il aime se rappeler les souvenirs. Né à Montréal, il a déménagé dès l’âge de 4 ans dans la région de l’Outaouais pour suivre ses parents, devenus tous les deux fonctionnaires de l’administration publique fédérale. Charly se rappelle d’avoir été très aimé par son père et sa mère et était très content à l’arrivée de sa petite sœur Isabelle. Il était surtout content d’habiter maintenant à moins de 400 mètres de ses grands-parents maternels qu’il adorait. Charly était un enfant en santé, qui aimait jouer avec ses amis et ses camarades, passait du temps à cuisiner, tantôt avec son père ou sa mère, tantôt avec grand-ma ou grand-pa. Il aimait également jouer aux échecs avec grand-pa et suivre des cours de piano avec lui. À l’âge de 12 ans, en revenant de l’école, Charly a trouvé sa mère allongée sur le sol du salon. Sachant que son père était au travail, il a appelé ses grands-parents qui se sont précipités, en vain. Un médecin constatera plus tard dans la journée la mort de sa mère, à la suite d’une chute à cause d’une grande faiblesse liée à la chimiothérapie pour son cancer du sein que Charly ignorait jusque-là.
Dès le lendemain, le père de Charly s’est mis à boire, puis a été mis en arrêt maladie à cause d’une grande dépression. Par la suite, il s’est mis à être violent verbalement avec Charly et sa sœur, à les négliger en passant toutes ces journées à l’extérieur en jouant au Casino et en buvant. Deux ans plus tard, la maison familiale a été saisie par la banque et Charly et sa sœur ont dû déménager chez leurs grands-parents. Bien qu’ils aient aménagé un espace pour lui au sous-sol, Charly n’a plus jamais ressenti l’intimité qu’il avait dans sa chambre. Mais ce qui lui faisait le plus de mal était d’observer chaque jour la tristesse et la peine de sa petite sœur et de ses grands-parents qui ont perdu leur unique fille.
À 14 ans, Charly n’avait plus du tout la tête aux études. Tout ce qu’il voulait était de grandir, d’avoir un travail et fuir la tristesse, la peine et les douleurs qu’il y avait dans la maison. Son grand-père ne jouait plus au piano et aux échecs, sa grand-mère ne faisait plus de pâtisserie, sa petite sœur cumulait les mauvaises notes, son père était, à présent, interné pour dépression sévère, et n’adressait plus la parole à personne. C’est à ce moment que Charly fait la rencontre de Madame Baker, sa professeure d’anglais. Elle a été surprise de voir le manque d’assurance de Charly bien qu’il parlait et écrivait bien. Après un dernier devoir bâclé, elle a décidé de rencontrer Charly pour discuter avec lui. Devant la bienveillance de Madame Baker, Charly s’est mis à pleurer et à s’ouvrir à elle. C’est la première fois qu’il parlait à quelqu’un de tout ce qu’il ressentait depuis la mort de sa mère. C’est ainsi que Madame Baker a fait les premières démarches auprès de la psychologue de l’école pour aider Charly à avoir les premiers services. Elle a aussi pris le soin d’informer la direction de l’école et d’en discuter avec les autres professeurs. Charly a commencé à voir la psychologue une fois par semaine et a aussi fait les mêmes démarches pour sa sœur. La psychologue a aussi sollicité les grands-parents de Charly et d’Isabelle à qui elle a conseillé d’aller chercher de l’aide au sein de leur Centre local de services communautaires (CLSC).
Dans les mois qui suivent cette première discussion avec Madame Baker, Charly a retrouvé la joie de vivre. Des années plus tard, il dira : « Quand j’ai rencontré Madame Baker, j’ai retrouvé la vie ». Pour la première fois depuis son hospitalisation, Charly et sa sœur ont décidé d’aller voir leur père. Cette visite a été une forme d’électrochoc pour lui. Avec l’aide des médecins et des psychologues et les visites hebdomadaires de ses enfants qui ont aussi mobilisé du soutien social pour lui (membres de la famille et amis), il a pu se prendre en main. Charly et Isabelle ont été contents de retrouver un père aimant, rieur et qui aime passer du temps en famille. Son père a pu retourner au travail, s’est loué un appartement et Charly et Isabelle ont été heureux de déménager, tout en visitant leurs grands-parents quotidiennement et en passant du temps avec eux.
Aujourd’hui âgé de 23 ans, Charly travaille comme ingénieur en informatique après avoir terminé ses études de baccalauréat. Il continue des études de maitrise en même temps et fait du bénévolat auprès d’une association intervenant auprès de jeunes atteints de cancer. Charly continue de voir Madame Baker qui la reçoit chez elle et représente pour lui une figure maternelle. Selon Madame Baker, Charly fait partie de la famille. Elle explique à son propos : « Cela m’arrive tous les 5 ans de rencontrer un élève dans les yeux duquel je vois une étincelle qui est en train de s’éteindre. Charly fait partie de ces élèves-là. Mais à force de regarder leur étincelle, on comprend que cela prend peu pour les rallumer. C’est aussi notre rôle en tant qu’enseignant de rallumer la flamme et redonner de l’espoir à nos élèves. ». Charly est aujourd’hui fier de partager son histoire, celle d’une résilience qui s’est construite avec la bienveillance de Madame Baker.

Concernant la résilience, Dr. Cénat écrit : « Elle se co-construit. Il faut souvent aux enfants faisant face aux adversités une figure bienveillante qui leur tend la pêche. Ils ne demandent que ça pour engager un processus de résilience et créer du beau à partir du chaos ».

Les histoires de Paul et de Stacey sont à venir!

Financé

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